Les arts martiaux, a dit Maître Maroteaux, sont faits de rencontre et d'amitiés... Il m'est donc arrivé une histoire d'art martial. En effet, lors du dernier Taïkaï d'Aïki-jujutsu Takeda-ryu Maroto-ha, nous avons eu la chance de voir une démonstration de Maître Vignau, 8ème dan en Karaté Shotokan!... Certes intéressant, mais pour l'instant ce n'est pas une histoire, c'est un souvenir... Mais où cela devient une histoire, c'est que peu de temps après, un ami me prête une autobiographie d'un certain Gichin Funakoshi. N'ayant que peu de connaissance en arts martiaux, je m'en remis au livre. "Père du Karaté japonais" pouvait-on lire sur la couverture. Amusé et intrigué, je commençais à lire ce livre quand, dans l'avant-propos de M Plée (président d'honneur de la fédération française de karaté), j'appris que Senseï Funakoshi était le père du Karaté japonais, certes, mais surtout le père du Karaté-do Shotokan!
Me souvenant de mes cours de français, à l'époque où mes pantalons usaient les chaises du lycée, je me méfiait de ce livre autobiographique où les ombres cachées sont aussi importantes que ce qui est écrit... Cette méfiance s'est muée en respect au fil de la lecture tandis que je découvrais que je ne lisais plus mais que j'écoutais ce vieil homme sage, qui me parlait de sa vie comme autant de leçons que j'avais à découvrir dans les ombres de ce qu'il ne me racontait pas...
Qui est donc ce Gichin Funakoshi, "père du Karaté japonais"? Cet homme est né en même temps que l'ère Meiji (1868). Issu d'une famille de la petite noblesse, il a été éduqué dans le strict respect des traditions japonaises. C'est ainsi qu'il s'est vu refuser l'entrée de l'école de médecine parce qu'il portait encore le chignon des samouraï, symbole de virilité. C'est ainsi que, plus tard, sa mère a refusé de lui parler lorsqu'il est revenu chez lui, le chignon coupé et en uniforme d'instituteur, symbole de l'intégration du Japon dans la modernité. C'est ainsi qu'il parcourrait des dizaines, des centaines de kilomètres à pieds, de nuit, pour aller pratiquer cet art interdit à l'époque, symbole d'un passé révolu. C'est ainsi qu'il rentrait le matin, épuisé, sous le regard suspicieux de ses voisins qui le croyaient revenu d'une maison close, symbole d'une jeunesse perdue. Cet homme est connu, reconnu, pour avoir diffusé, popularisé et formalisé cet art qui, d'après lui, est probablement issu du Ju-kempo (boxe chinoise). Totalement investi, lorsqu'il quitta l'île d'Okinawa vers Tokyo en 1921 pour une démonstration, ce fut pour ne plus y revenir et tenir un dojo.
Enfin, pourquoi Karaté-do Shotokan? C'est vrai çà, nous pratiquons bien de l'aïki-jujutsu Takeda-ryu Maroto-ha, c'est-à-dire de l'Aïki-jujutsu (c'est aussi valable pour le Iaïdo, le Jodo, le Ju-kempo, le Ko-ryu et le Shuriken-jutsu qui autres disciplines de notre ryu) de la branche de Maître Maroteaux de l'école Takeda. Alors pourquoi cet art ne s'appelle-t-il pas par exemple Karaté-do Funakoshi-ha? Le nom est issu du nom du dojo de Maître Funakoshi. En effet, vers 1935, le nombre de pratiquants augmentait. Cependant, les moyens du Maître ne permettaient pas de construire ce qui était évidemment nécessaire: un dojo. Car tous les dojo précédents avaient été prêtés. Une souscription nationale permit en quelque sorte aux élèves d'offrir un dojo à leur Maître. C'est ainsi que le Maître inaugura, non sans fierté, le nouveau dojo en 1936. C'est ainsi que le Maître découvrit le nom inscrit au dessus de son dojo: Shotokan. C'est ainsi que signait le Maître lorsqu'il composait des poèmes en chinois dans sa jeunesse. C'est ainsi que le Karaté enseigné par Maître Funakoshi devint le Karaté-do Shotokan.
Merci à mon ami pour cette merveilleuse rencontre. C'est ainsi que ce termine mon histoire d'art martial...
Référence: Funakoshi G., KARATE-DŌ ma Voie, ma Vie, BUDO Éditions, Noisy-sur-École, 2011